par le Rév. Chanoine Dr Gavin Ashenden (LL.B. B.A., M.Th, D.Phil)
Tout pèlerinage se passe sur plusieurs niveaux à la fois : lieux, prière, purification et personnes. Il en a été ainsi pour celui-là.
LIEUX
C’est peut-être là l’aspect le plus immédiatement accessible d’un pèlerinage. On visite des lieux qui ont été importants dans l’histoire et la vie de l’Église et dans le plus grand pèlerinage à travers le temps et l’espace. Les réflexions de chacun sur ces lieux seront différentes, mais, pour chacun de nous, un ou deux d’entre eux aura eu un impact particulier. J’ai été captivé par les tombes de Cappadoce où les chrétiens se cachaient pendant les persécutions. Le paysage ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu auparavant.
Mais ce qui m’a le plus frappé, ce fut la Maison de Marie à Éphèse. Beaucoup de gens ont parlé de l’effet produit par ce lieu. Je ne sais pas ce que je cherchais, bien que l’un des changements que les messages La Vraie Vie en Dieu ont opérés en moi ait été de m’ouvrir les yeux sur l’importance de Marie, la Mère de notre Seigneur. Partir en pèlerinage, c’est savoir que notre manière de voir va évoluer, s’éclairer et parfois changer complètement. J’ai toujours su, en tant qu’anglican, qu’Elle était importante au plan théologique. J’ai toujours vénéré Son titre de Theotokos. Mais c’étaient d’autres prêtres et d’autres personnes qui parlaient de leur proximité avec Elle plutôt que moi. J’étais quelque peu perplexe devant cela et je pensais que cela faisait peut-être seulement partie d’un profil psychologique, une manière d’interagir avec le féminin, peut-être.
Puis j’ai découvert, dans les messages, combien la Vierge Marie était lumineuse, vivante, importante et engagée. Et je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait plus d’une préférence personnelle, mais que cela devait devenir quelque chose de beaucoup plus fort dans mes prières et ma relation au Seigneur. Sa maison et le lieu où elle était située ont fortement contribué au développement de cette prise de conscience. Il y avait dans ce lieu une couleur d’une force particulière. L’air était un peu plus luminescent, à ce qu’il me semblait. L’herbe avait une luxuriance hors de l’ordinaire. Elle était fertile, riche, profonde et vibrante. L’Eucharistie était particulièrement joyeuse. Ce n’était pas une affaire de dynamique de groupe ; c’était pénétrer dans un lieu plus profond en Dieu, d’une manière qui est simplement donnée. Cela venait de ce lieu, ce qui, naturellement, signifie que cela venait de Notre Dame. Ce lieu ne procure pas une proximité exclusive avec Notre Seigneur et Sa Mère, mais il montre jusqu’à quelles profondeurs nous sommes appelés. Et il se peut que, par nos prières et notre attention, nous puissions nous-mêmes Lui permettre à Elle et à notre Seigneur de faire des lieux où nous sommes placés des portes plus larges et plus fertiles pour entrer dans le Royaume.
Dès que j’ai su que nous allions à Izmir, Éphèse, j’entendais dans ma tête le cri « Grande est l’Artémis des Éphésiens ! » Il est évident, d’après l’Écriture et l’Histoire, qu’Éphèse était une ville magnifique, et naturellement pénétrée de sa propre importance. En marchant dans la rue principale, je sentais mon admiration pour saint Paul croître infiniment. Arriver dans ce lieu avec l’Évangile, affronter toute cette puissance, cette richesse et ces intérêts matériels, et devenir pour eux une telle menace, comme le rapportent les Actes, tout en amenant les gens à la connaissance du Christ ressuscité … quel courage et quelle sainteté.
C’est Patmos qui m’a le plus ému. C’était peut-être mon imagination, mais il me semblait qu’il y avait un voile gris au-dessus de la Turquie, et qu’il a commencé à se lever à mesure que nous approchions des îles grecques. Cela me semblait plus métaphysique qu’atmosphérique, mais, quoi qu’il en fût, c’était bien plus réel que le temps.
Peu après ma conversion, alors que j’étais jeune étudiant en droit, j’ai rencontré un prêtre anglican qui m’a dit quelle profonde expérience de renouveau il avait vécue lorsqu’il était allé à Patmos, qu’il s’était assis dans la grotte de saint Jean et qu’il avait lu l’Apocalypse en grec. Je me suis dit qu’un jour je voudrais faire cela. Ce jour est enfin arrivé, trente ans plus tard.
Et ainsi le pèlerinage a réalisé un autre changement : une relation avec le dernier livre de la Bible. Dans les cercles théologiques universitaires, on prétend depuis longtemps que le livre de l’Apocalypse n’a pas été écrit par l’auteur du quatrième Évangile. Et si Jean, le disciple bien-aimé, a écrit le quatrième Évangile, alors, un autre Jean a écrit l’Apocalypse. Mais, après mon expérience à Patmos, j’ai commencé à réviser ma vision de la dynamique du royaume des cieux.
L’argument que l’on fait valoir est que le style d’écriture, la grammaire, le vocabulaire, la compréhension même du grec, sont très différents entre les deux textes. Et j’apprenais, maintenant, l’existence d’un secrétaire de saint Jean, connue par la tradition même si elle n’est pas acceptée dans les milieux universitaires. La possibilité qu’une part de responsabilité dans la rédaction du livre appartienne au secrétaire de Jean, me le présente à nouveau comme une source de révélation et d’inspiration. Je l’ai remis sur ma « carte théologique ». Mais, ce qui est plus important encore, j’ai découvert que dans certaines parties de la VVD, notre Seigneur cite abondamment l’Apocalypse. Mon esprit théologique en a été changé. Si Jésus a raison, je dois avoir tort. Et je m’aperçois qu’à travers les messages, je deviens sensible à un goût nouveau pour la métaphore et l’hyperbole que j’avais déjà reconnues comme un accent de notre Seigneur dans l’Évangile, mais qui est particulièrement vif dans les messages de la Vraie Vie en Dieu.
Et l’idée que je me faisais de la grotte était tout à fait fausse ! Je l’avais imaginée comme une grotte traditionnelle sur le rivage de la mer. Au lieu de cela, c’était plus comme une matrice dans le flanc de la colline.
PRIÈRE
J’ai pris concsience d’un changement dans mon expérience de la conclélébration de l’Eucharistie. En premier lieu, j’étais étonné qu’un tel événement se produise sous mes yeux. Voir un cardinal archevêque partageant avec révérence l’Eucharistie présidée par l’évêque anglican de Jérusalem a été si émouvant que les mots me manquent ; une guérison de tant d’incompréhensions et d’antagonismes.
Lors du dernier pèlerinage de 2005, j’ai vu ces célébrations comme un témoignage prophétique de ce que Dieu voulait, mais pourrait ne rendre disponible dans l’Église que dans un futur lointain. Cette fois, j’ai vu ces célébrations comme tout à fait normales. C’était ce que nous faisions habituellement dans nos confessions fragmentées qui apparaissait aberrant ; cette unité autour de l’autel était l’Église. C’était normal. C’était plus réel. En somme, c’était comme un jour de Noël où une famille dispersée aux quatre coins de la terre et trop longtemps déconnectée les uns des autres, rentre à la maison, s’asseoit autour d’une table et fait la fête. Nous ne sommes pas l’Église, les uns sans les autres.
Inévitablement, le pèlerinage de la VVeD soulève la question de savoir s’il est juste de suspendre les questions théologiques qui constituent le chemin vers l’unité sacramentelle. Dans les messages, nous constatons que le Seigneur renverse notre préoccupation théologique. Quand l’Eucharistie était célébrée chaque jour avec les différents visages de l’Église, catholique, orthodoxe et anglicane, tous infusés de l’Esprit Saint, la réponse est devenue si claire : autour de l’autel d’abord. Au lieu que l’Eucharistie et notre théologie sacramentelle et les règles de l’Église soient les questions déterminantes, volà plutôt que l’Église était guérie ; le Corps de notre Seigneur restauré : la gloire des fils séparés tissés ensemble alors qu’Il est devenu présent parmi nous dans le pain et le vin, et dans la dévotion, l’adoration et l’amour. Ces Eucharisties quotidiennes ont fait d’un point de vue théologique un avant-goût du Royaume des cieux.
Chaque célébration eut sa propre saveur délicieuse. Mais les deux qui ont eu le plus d’intensité pour moi furent celle tenue à la maison de Sainte-Marie à Éphèse où l’air et le sol étaient chargés d’une douceur qui coulait dans nos prières, et celle tenue lors de la Pentecôte à Patmos où se tenant au-dessus de la grotte dans laquelle saint Jean a eu un aperçu de l’avenir, rassemblés à dessein par notre Seigneur, nous avons également eu un aperçu de l’Église prophétiquement rassemblée dans les desseins du Seigneur, devenue une dans l’Eucharistie, réunie par l’énergie centripète de l’amour.
Mais il y a un coût à pareille expérience. Maintenant à la maison, lorsque l’Eucharistie est offerte, je regarde autour et je ne demande où est le reste de l’Église ?
PURIFICATION
Quelque chose se passe lorsqu’on lit les messages. Je me suis rendu compte qu’il s’opère une sorte de travail intérieur. C’est peut-être parce qu’ils sont une conversation avec le Seigneur et que dans toute conversation, le cœur s’ouvre en dialogue. Et si on est ouvert en dialogue, on n’est jamais tout à fait la même personne après la conversation qu’avant : même s’il est infiniment petit, un changement a eu lieu.
Le processus a semblé s’accélérer durant le pèlerinage. Mon esprit, par lequel je gagne mon pain comme universitaire et comme prêtre, a été fait captif du cœur adorant d’une manière qui inverse le cours normal de la vie pour moi. Depuis quelque temps déjà, je réfléchissais sur la manière dont l’esprit et le cœur devaient être liés l’un à l’autre comme disciples. J’aurais dû trouver un indice dans l’aphorisme orthodoxe selon lequel on doit se présenter devant le Vrai Dieu avec son être vrai, avec l’esprit dans le cœur.
J’ai découvert durant ce pèlerinage que plusieurs de mes points de vue habituels étaient en train de changer rapidement. L’esprit a un travail à faire et c’est ce que j’aime. Mais la priorité était le cœur, et l’esprit était invité à se tenir dans le cœur, enfermé dans le cœur. Dans l’adoration, l’esprit s’apaise graduellement alors que le cœur devient le partenaire dominant. Quelque chose, dans le pèlerinage, évoquait le cœur d’une manière particulièrement émouvante. C’était peut-être d’être dans la compagnie de toute l’Église – c’était peut-être toute la prière qui l’a précédé – c’était peut-être la puissance de l’Église unie dans l’amour et l’adoration d’une manière aussi spéciale, mais cela a eu pour effet d’accélérer la purification intérieure qu’apporte la présence de Dieu.
PERSONNES
Un des aspects les plus passionnants d’un pèlerinage est l’attente des personnes vers qui le Seigneur nous enverra et qu’il enverra vers nous. Chacun des deux pèlerinages a gravé dans ma mémoire autant des visages que des lieux. Ainsi, des mots ordinaires au cours d’un repas peuvent devenir des paroles incisives, sculptées par l’Esprit Saint, répondant à une situation dont on ignorait même qu’elle demandait une réponse. Le pèlerinage devient presque une longue confession où les choses sont partagées, absoutes et transformées dans la dynamique du Royaume des cieux. Il y avait tellement de sagesse. Et même lors de conversations plus légères, il y avait un courant d’amour et d’intimité et de bonté qui embellissait les jours. Sans relater les conversations elles-mêmes, il est difficile de faire sentir combien les journées semblaient posséder cette douce intensité de la rencontre. Plus que tout, il y avait peut-être ce bien-être de sentir que cette soif d’aimer le Seigneur, de Le rencontrer et de demeurer près de Lui était plus normale que la routine de la vie quotidienne, loin de ces compagnons, le suggérait parfois.
Tout au long de ma vie de chrétien, j’ai été ravi lorsque la présence du Christ paraissait dans les yeux de quelqu’un qui le portait dans son cœur. Un des plus vifs souvenirs de ce pèlerinage aura été celui d’un ou deux prêtres, à l’anglais pauvre ou non existant, mais avec qui j’ai senti un profond lien d’amour et un très profond respect en voyant combien ils portaient Jésus dans leur regard, leur esprit et leur cœur. C’était là l’unité de l’Église, le charisme du Christ. C’était ma nourriture pour la route de ce pèlerinage de La Vraie Vie en Dieu ainsi que de cette autre qui est le don de la vie.
Pére Gavin Ashenden.
Rév. Chanoine Dr Gavin Ashenden (LL.B. B.A., M.Th, D.Phil)
Maître de conférences en psychologie des religions à l’Université du Sussex,
Chanoine théologien de la cathédrale de Chichester,
Conseiller Diocésain sur les religions New Age,
Membre du Synode Général de l’Église d’Anglettere.
